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Comment je me suis remise au dessin

Pendant très longtemps, j’ai eu un gros complexes par rapport à l’illustration. Dans cet article, je raconte comment c'est arrivé et comment j’ai surmonté ça.


Le complexe


L’autre jour, alors que je me présentais mon métier de directrice artistique à un illustrateur, celui-ci me demande “et tu dessines aussi ?”

J’ai répondu "non, pas du tout... enfin ça m’arrive mais c’est pas vraiment du dessin”

Je me suis entendue et j’ai eu un électrochoc... Qu’est ce qui me prenais de dire ça ? C'est à ce moment que je me suis rendue compte à quel point j'avais annihiler mes capacités à dessiner.


j’ai toujours dessiné, depuis toute petite. Ceci dit je ne faisais pas que ça. J’avais beaucoup de facilités à lire, à bricoler, peindre, inventer des choses. Mais j’avais remarqué que le dessin me réussissait particulièrement bien. Ce que j’aimais par dessus tout, ce n’est pas inventé des univers ou des personnages mais tout simplement la sensation grisante du tracé du crayon sur le papier. En sois, ce n’est pas le dessin qui me plaît mais l’expérimentation des couleurs et des textures. Je pourrais passer des heures seulement à faire des gribouillis sur différents papiers en essayant tous les crayons et feutres possibles et imaginables.

Mais enfant je n’avais pas encore compris cela. Je faisais des dessins, ils étaient apparement bien pour mon âge et on me félicitait. J’ai toujours été la meilleure en dessin, a l’école, au club de dessin dans lequel j'étais passée dans le cours à adulte, au collège où j’avais été remarquée par la prof d’art plastique et quand je me suis retrouvée dans sa classe au lycée j’étais quasiment tout le temps la meilleure. Puis ça a continué en supérieur dans les classes prépas.

Jusqu'à ce que, perdue en première année de beaux-arts, je me suis rendu compte que je n’avais jamais réfléchis à mon orientation et que je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Tout ce que je savais, c'est que ce que j'étudiais ne me convenait pas et ne me permettrais pas de vivre. J'ai pris le temps de réfléchir à ce qui comptais vraiment pour moi dans la vie et la réponse est arrivée de manière assez évidente : Savoir extrêmement bien dessiner !


J’ai donc intégré une école d’art-appliqués sans aucun projets professionnels mais avec la volonté de devenir super balaise en dessin. Avec huit heures par semaine, ça me semblait parfait. Et j’en ai bouffé du dessin, des dessins sur lesquels j’ai passé des fois 8, 16, 32 heures ! Je n’étais plus la première mais j’étais quand même dans les plus doués, en tout cas, de toutes les matières, c’était celle ou j’étais la meilleure.



Cependant, quelque chose est vite venu stopper ce marathon à la première place du griffonage. Avec le background que j’avais, je partais avec une grande longueur d’avance (ateliers de dessins, de gravures, plusieurs années d’arts plastiques, 2 ans de beaux arts..). Alors qu'à côté de moi, certain sortais de bacs scientifiques et n’avais jamais tenu un stylo. Si j’avais choisis cette école, c’est parce que c’est la meilleure dans le domaine. Et bien ça s’est bien vite vérifié. Leur méthode étant imparable, les novices ce sont rapidement retrouvés aussi bons que moi, voir meilleurs. J’ai certes un joli trait, pour les proportions c’est autre chose… Des années à crâner crayon à la main égalées en quelques heures de prépa, mon égo n'y a pas résisté !


C’est à ce moment que mon complexe est arrivé. J’ai commencé à en faire une affaire personnelle, je me suis mis un stress monstre pour re-grimper les échelons. Cette activité qui était au départ un plaisir est devenu ma bête noire. Ce que j'avais l'habitude de faire instinctivement et sans réfléchir est devenu un sujet de réflection intense, de prises de tête et de déception au lieu de celui de satisfaction qu'il était. Au bout de trois ans de cet école, j’ai obtenu mon diplôme de graphiste. Lassée de cette expérience, j’ai commencé à travailler et je n’ai plus retouché à un crayon. Je me disais : à quoi bon puisque d'autres le font mieux que moi ? Avec le recul j’ai compris que je n’avais jamais été excellente en dessin, ni même que j'avais eu une passion pour ça... je crois que j’aimais juste être la meilleure, admirée et félicitée... et puis la facilité avec laquelle cela venait. J’ai observé des personnes qui dessinent très bien : elles y passent des heures, elles n’ont pas peur de se tromper, et elle y prennent plaisir. Moi je n’acceptais jamais commencer un dessin et constater qu’il était raté. Je m'arrêtais là me disant que je réussirais plus tard avec un autre stylo, une autre feuille, moins fatiguée (ça n'étais jamais ma faute). Comme j’étais douée, ça m’est arrivé souvent de prendre une feuille et de faire instinctivement quelque chose de joli mais je m’en contentais, je n’ai jamais pris le temps de pousser plus loin, recommencer, m’exercer. Mon manque de persévérance m'a finalement laissée à un niveau assez médiocre. Les années ont passées. J’avais fait une croix sur le dessin et mon rêve, le laissant à d'autres que j'admirais pour leur ardeur au travail.

Déconstruire pour reconstruire


Le temps passant, j’ai déconstruis ma manière de penser. Au tout début, dans ma jeunesse, j’admirais les dessins très construits, léchés, complexes. Dans les tableaux dans les musées d’abord, puis dans les nombreuses BD que je lisais. Pour moi, ces oeuvres n’étaient valables que s’il y avait beaucoup de détails et qu’on pouvait constaté les heures passées.



Mucha, Sky Doll, Les Métabarons

Puis, devant la vie dévore de plus en plus votre temps libre avec les années, la charge de travail quotidienne, de constater que tout prends du temps, même la plus infime des tâches, j’ai fini par me dire que FAIRE, c’est déjà bien. Je travaillais en entreprise et je ne trouvais plus le temps d’être créative. J'enchainais les demandes sans pouvoir vraiment y passer du temps. J'ai donc commencer à admirer toutes les personnes qui avaient pris un peu de leur temps personnel pour déjà faire quelque chose. On peut critiquer la qualité d'une production mais le fait qu'elle existe et qu'on puisse en débattre c'est déjà beaucoup. Puis j’ai constaté que faire passer un maximun d’idées, de message dans peu d’éléments c’est en réalité un exercice très dur. Les choses les plus efficaces sont les choses les plus simples, mais faire simple, c’est très compliqué.



Aude Picault,


A partir de là je me suis ouverte à de nouvelles lectures et j'ai commencé à être indulgente avec moi-même. Le fait de me dire que je ne suis pas illustratrice m'aide beaucoup. Je me dis "et alors, j'ai fait au mieux, j'ai fait comme j'ai pu mais au moins je l'ai fait et je l'ai fait à ma sauce", je suis aussi capable de me dire "c'est pas aussi bien que je voudrais mais c'est mieux que la dernière fois et ça sera encore mieux la prochaine". Et petit à petit, en enlevant la pression que je m'étais mise, en arrêtant de vouloir concourir et bien j'ai réintroduis l'illustration dans mon travail ! Pour être sûre de continuer sur le bon chemin, je me suis fixée une règle : l'illustration ne sera jamais mon métier. Je ne met pas cette compétence en avant, je le fais seulement quand je le sens et quand j'en ai envie. Et ça marche !


J'espère que cette histoire de chute parlera à certains et que les clés qui m'ont aidés à m'en relever pourra les aider à leur tour. Et vous, quel est vôtre rapport au dessin ? Avez-vous perdu un compétence que vous maîtrisiez ? Comment auriez-vous réagi ? N' hésitez pas à laisser vos commentaires, questions et ressenti !

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Corail Gucher

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